L'innocence
O mon bel enfant
Libre et prisonnier
Prisonnier des contraintes que s'imposent les hommes
Et libre de les transcender
N'aies jamais peur du vide
Car c'est le vide qui t'a enfanté
Accroche-toi
Aux parois dures et lisses de la vie
Accroche tes ongles aux moindres interstices
À la moindre infractuosité du roc
Ouvre large tes oreilles
À l'appel du vent
À la musique du silence
Ouvre tes narines aux odeurs fortes et subtiles
Des parfums de la terre
De la sueur, de la peau
De tout ce qui vit, qui exhalte, qui expire
Pour que lorsque t'arrivera le pire
Tu puisses en tirer le meilleur
Ouvre tes bras à la détresse humaine
Car ta propre détresse peut en être le ferment
Ouvre ton coeur à la beauté secrète
Sourde, aveugle et muette
Parce que rare est celui qui la voit
Rare est celui qui l'entend
Garde ton âme ouverte
Comme une source offerte à la soif du mendiant
De l'errant, du poète, du chercheur, de l'enfant
Ton regard innocent et ton esprit honnête
Garde-les toute ta vie
Car la simplicité
Est la marque des grands
Jacques Higelin


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